Le Président de la République Française compte bien profiter de la transition numérique pour booster l’économie nationale. Avec une déclaration très attendue cette semaine, Emmanuel Macron a annoncé une enveloppe de 1,5 milliard d’euros dédiée uniquement à l’intelligence artificielle.

L’objectif ? Attirer les capitaux étrangers à la recherche de pays entreprenants. Une excellente nouvelle pour de nombreuses multinationales, déstabilisées par le Brexit et en quête de nouveaux territoires. Les chercheurs eux, ne sembleront pas en profiter de la même manière. Analyse.

Objectif : chercheurs

C’est au très symbolique Collège de France que l’annonce a été faite, en discours de clôture d’AIForHumanity,  ce jeudi 29 mars. Emmanuel Macron a exposé le plan du gouvernement pour encourager le développement de l’intelligence artificielle sur le sol français, inspiré par le rapport Villani, présenté le 28 mars par le député Cédric Villani.

Long de 242 pages, le rapport du célèbre mathématicien souhaitait mettre l’accent sur la santé, l’environnement, les transports, la sécurité, mais surtout, une augmentation des salaires des chercheurs.

Ce dernier voeu ne sera pas exaucé :  Emmanuel Macron a déclaré ne pas envisager de doubler les salaires des chercheurs. Il les a, en revanche, encouragés à partager leur temps entre secteurs public et privé et prévoit de relever de 20% à 50% le temps autorisé en libéral.

Le Président a également déclaré lancer un « programme national », coordonné par l’INRIA, l’Institut national de recherche en informatique et en automatique. L’objectif : retenir les chercheurs tentés par la Silicon Valley, mais également attirer des chercheurs étrangers. Enfin, il a conclu le résumé du rapport en exprimant son souhait de voir doubler le nombre d’étudiants dans l’intelligence artificielle d’ici à 2022.

Paris, capitale de la mode… et du code ?

Bien qu’en retard par rapport à d’autres leaders mondiaux, dont les Etats-Unis ou la Corée du Sud, la France a bénéficié d’un exode numérique dû au Brexit. Emmanuel Macron, alors candidat, avait annoncé en 2016 son goût pour l’innovation et sa volonté de mettre la France sur le chemin du digital.

Résultat : son discours de jeudi a rappelé à l’audience le nom de grandes multinationales qui ont d’ores-et-déjà choisi la France. En effet, Facebook, Microsoft, IBM ou encore le japonais Fujitsu ont installé des laboratoires d’intelligence artificielle sur le territoire.

Une tendance qui se confirme : ce mercredi, Samsung a annoncé l’ouverture d’un centre d’intelligence artificielle et de développement à Paris. C’est son troisième plus gros hub au monde, juste après ceux implantés en Corée du Sud et aux Etats-Unis.

La vie (très) privée des Français

Si la France accuse un certain retard sur l’IA c’est, entre autre, pour des raisons juridiques. La vie privée et les droits des internautes en France sont particulièrement protégés. Difficile pour les chercheurs d’aller piocher dans les données aussi facilement que dans d’autres pays. Les informations  se font rares et difficilement accessibles. “Accéder au data, c’est notre préoccupation numéro un”, a déclaré Villani, rapporte Bloomberg.

Dans les prochains mois, le gouvernement français souhaite encourager les pays européens à partager leurs données et à fluidifier l’information. Encouragé par le rapport Villani, ce choix faciliterait l’analyse. D’après le rapport, au cours terme, les premières données glanées par l’IA amélioreront l’hôpital public et le remboursement des soins médicaux en France.

L’intelligence artificielle rapproche l’Europe

Intéressée par ces initiatives qui pourraient booster l’Europe continentale, la chancelière Angela Merkel a  rencontré Emmanuel Macron à ce sujet il y a peu, pour discuter d’une coopération. Elle espère développer ensemble de nouveaux centres de recherche et de développement, plus particulièrement dans les anciennes régions industrielles allemandes, où le taux de chômage est élevé.

Dans l’objectif de concentrer les plus grands talents du numérique en France et en Allemagne, les deux géants européens espèrent peser dans la balance mondiale désormais très compétitive, où les Etats-Unis et la Chine ont déjà marqué – et affirmé – leur territoire dans le domaine de l’intelligence artificielle.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo