La baisse des taux d’intérêt, une stratégie risquée

La baisse des taux d’intérêt, une stratégie risquée

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    Strategie Banques centrales

    En 2016 dans la plupart des économies développées, les taux d’intérêt sont anormalement bas. Si cette situation ne devait être que temporaire, elle va probablement se prolonger durant les prochaines années. Les Banques centrales ont fait de leur mieux pour soutenir la demande lors des crises, et maintenant elles ont besoin d’aide. En 2008, elles ont été acclamées pour leurs actions : en abaissant drastiquement les taux et faisant tourner la planche à billets, le pire a été évité. En effet, des politiques monétaires ultra accommodantes soutiennent les économies en difficulté et les aident à atteindre leur cible d’inflation. Mais cette stratégie est peu à peu devenue un sujet central des débats macroéconomiques de notre génération.

     

    La politique monétaire de la BCE suscite des craintes

    En Europe, jamais les taux d’intérêt n’ont été aussi bas. En septembre dernier, le président de la BCE Mario Draghi a annoncé que les taux d’intérêt seraient maintenus à 0 %. Ainsi la politique de Quantitative Easing qui vise à racheter des titres de dette privée et publique lancée en mars 2015 va se poursuivre. Mais malheureusement, la reprise économique n’est pas au rendez-vous avec une croissance faible à 1,7 % et une inflation qui peine à 0,2 %. En France, les taux bas ont déconcerté les épargnants, très perplexes face à de telles rémunérations de leur épargne. Ils se sont donc tournés massivement vers les prêts. Résultat, le nombre de crédits à la consommation contractés ont bondi de 5,7 % en juillet.

     

    “C’est la politique appropriée, l’Europe souffre d’un excès d’épargne. C’est aussi grâce à cette politique que l’Europe est sortie de la phase aiguë de la crise des dettes souveraines et qu’on ne se réveille plus tous les matins en se demandant si la zone va exploser.” Gilles Moëc, chef économiste chez Bank of America Merrill Lynch

     

    Les Banques centrales, ou l’arroseur arrosé

    Rien ne va plus en Europe. Après le vote du Brexit, l’intégrité de la zone euro n’a pas tardé à être remise en question, ce qui plonge l’ensemble des pays dans l’incertitude. Prête à tout pour éviter la propagation de cette aversion au risque aux marchés financiers et bancaires, la BCE a une nouvelle fois sorti l’artillerie lourde en renforçant son programme de rachat d’actifs, déjà gigantesque. Ses taux d’intérêt sont déjà à zéro, mais une autre baisse n’a pas été exclue par Mario Draghi qui semble vouloir faire tout ce qui est en son pouvoir pour donner le change. Ainsi, le fonctionnement des marchés est totalement faussé et l’argent n’a plus de prix. C’est plus de 10 000 milliard d’euros de dettes souveraines qui ont des taux d’intérêt négatifs en Europe. Les taux de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne et du Royaume-Uni sont à des taux bas historiques. Les banques n’ont plus qu’une option, renforcer ce qu’elles sont censées combattre. Les politiques économiques ont été depuis longtemps remplacées par les politiques monétaires, et mettre fin à ce jeu dangereux pourrait être dramatique pour les marchés, au risque d’une récession globale.

     

    Pourquoi des taux anormalement bas sont-ils néfastes ?

    Les taux bas semblent représenter une aubaine, du moins à priori : cela entraîne la baisse du prix des crédits immobiliers, ce qui favorise considérablement le pouvoir d’achat des ménages, mais également les capacités d’investissement des entreprises. Mais cela a un prix : les placements financiers ne rapportent presque plus rien. Les entreprises en profitent pour restructurer leurs dettes, et les États empruntent aux banques à des taux très bas. Fait inédit dans l’histoire financière, un tiers de la dette d’État mondiale est portée sur des taux d’intérêt négatifs. Les banques voient leurs marges s’effriter, et tentent de réduire leurs coûts en supprimant des postes. Cette situation alimente des bulles sur les marchés financiers. En effet si les taux remontent brutalement, cela peut entraîner un krach boursier. C’est ce qui est arrivé en 2007 lors de la crise des subprimes.

     

     

     

    Il est facile de blâmer les banques centrales

    Dans le débat, les deux côtés ont leurs tors. Il est trop simple de blâmer les Banques centrales, qui font autant de bien que de mal avec la baisse généralisée des taux. Il faut savoir que les taux d’intérêt à long terme déclinent depuis des décennies, en raison de facteurs fondamentaux tels que le vieillissement de la population et l’intégration de la Chine dans l’économie mondiale. Dans la plupart des  grandes économies, l’inflation est bien en-dessous de l’objectif officiel. Les déséquilibres causés par des taux bas sont de plus en plus évidents, alors que les bénéfices de telles mesures s’amoindrissent.

     

    Comment en est-on arrivés là ?

    Les Banques centrales ont réduit le coût du crédit et ont cherché à stimuler l’inflation en inondant les banques de liquidités. Au début de la crise financière de 2008, la BCE a agi de manière énergique pour ramener son taux directeur à 1 % en mai 2009, versus 4,25 % en 2008. Ce taux a été porté à 0 % en mars 2016. Pour renforcer ces mesures, Mario Draghi a dégainé le QE ou assouplissement quantitatif, afin de racheter 80 millions d’euros de dettes aux banques tous les mois. Le seul résultat a été la chute des taux d’emprunt d’État avec une mise à disposition de nouvelles liquidités pour les banques.

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