Le baril de pétrole a perdu 70 % de sa valeur en 2015. Ce qui peut paraître être une bonne nouvelle à la pompe va impacter les économies du monde entier.

À l’origine, on trouve les États-Unis et l’Arabie Saoudite qui se livrent une guerre des prix autour de l’or noir. L’un exploite depuis quelques années l’équivalent pétrolier de deux Norvège avec le pétrole de schiste, tandis que l’autre compte sur ses réserves de change et attend patiemment l’abdication de l’autre. Tous les autres pays producteurs tels que la Russie, le Venezuela, l’Algérie et le Nigéria subissent cette compétition, impuissants. Ces pays ont fondé leur économie sur un baril de pétrole à 80 dollars. Ainsi le baril vendu à 30 dollars divise leurs recettes par quatre en 18 mois. Seule les importateurs comme la France tirent des bénéfices de cette conjoncture tarifaire, à court terme cependant, car les effets nocifs peuvent vite devenir supérieurs aux effets bénéfiques.

Le baril de Brent est descendu à 34,7 dollars, son prix le plus bas depuis décembre 2004

Les mécanismes d’un choc pétrolier incontrôlable

Les déboires de l’économie chinoise, deuxième puissance mondiale, ont considérablement réduit la demande de pétrole. En effet la croissance de l’industrie y plafonne à 7 % par an avec une stagnation de nombreuses branches industrielles telles que l’automobile, l’acier, le textile, l’électronique. Ce ralentissement représente à lui seul une réduction de la demande mondiale d’un million de barils par jour. D’un autre côté, l’offre de pétrole subit les pressions d’une production plus rapide que prévue aux États-Unis et un refus de l’Arabie Saoudite de baisser sa production. Cette dernière estime qu’elle ne doit pas être le seul membre à faire des efforts, et souhaite que les autres membres de l’OPEP qui produisent tous à pleine capacité, réduisent également leur production. Ainsi, l’écart entre la capacité de production mondiale et la demande se creuse, à 6 millions de barils par jour, et tire les prix à la baisse. Au niveau de la zone euro, la baisse des cours permet la dépréciation de la monnaie sans hausse des prix des importations, ainsi qu’un effet positif de la dépréciation sur les exportations. Mais si le prix du pétrole continue de baisser, cela pourrait tirer l’inflation vers le bas, dans des territoires négatifs. La seule inquiétude concerne donc des régions où l’inflation est très faible. Pour les pays épargnés par la déflation comme le Royaume-Uni, le Japon ou les États-Unis, cette baisse est une aubaine.

Plusieurs facteurs poussent les cours à la baisse : la surproduction mondiale, un dollar trop élevé et des stocks qui arrivent à saturation

Pourquoi le prix du pétrole baisse-t-il ?

Le cours de pétrole est une courbe qui décline par à-coups depuis 2008. Le prix du baril était de 146 dollars en 2008, pour ensuite progressivement reculer à 125 dollars en 2010, 112 dollars en juin 2014, pour tomber à 55 dollars fin 2014, et 34,7 dollars en février 2016. Tandis que les pays producteurs subissent de plein fouet cette baisse, les consommateurs se frottent les mains. Plusieurs facteurs poussent les cours à la baisse : la surproduction mondiale, un dollar trop élevé et   des stocks qui arrivent à saturation.

Étant le producteur qui bénéficie des coûts de production les plus bas, l’Arabie saoudite devrait être le dernier pays à réduire sa production en cas de baisse des cours.

Pour quelle raison l’Arabie Saoudite s’obstine à refuser une réduction de sa production ?

Tout simplement car ce n’est pas dans son intérêt de le faire. Et avec la production du pétrole de schiste américain qui progresse plus vite que la demande, si le reste de la production hors schiste et celle de l’OPED restent inchangées, les excédents s’accumulent sur le marché.

Si l’Arabie saoudite décidait de réduire sa production pour rééquilibrer le marché, cela aboutirait à une hausse des cours à un niveau qui stimulerait d’autant plus la production du pétrole de schiste, et serait donc contrainte de réduire sa production à nouveau à terme, jusqu’à ce que la demande ne retrouve une croissance annuelle de 1,5 millions de barils par jour. La politique de gestion du marché des saoudiens est fondée sur le long terme. Ils disposent actuellement de soixante ans de réserves de pétrole, donc seul le prix à moyen terme leur importe. Étant le producteur qui bénéficie des coûts de production les plus bas, l’Arabie saoudite devrait être le dernier pays à réduire sa production en cas de baisse des cours. Il est donc étonnant de lui reprocher de ne pas intervenir.

La chute des cours du pétrole est une bouffée d’oxygène pour les entreprises françaises, notamment dans les secteurs gourmands en hydrocarbures comme la sidérurgie, la chimie, et les transports

Comment cette baisse profite-t-elle à la France ?

Le déficit commercial de la France s’est réduit en 2015 pour atteindre 45,7 milliards versus 53,8 milliards, au plus bas depuis 2009. Cela n’est pas le fruit du hasard, alors que la facture énergétique de la France s’est aussi allégée à 14,6 milliards d’euros. L’effondrement des cours du pétrole est une aubaine pour les consommateurs français qui réalisent des économies substantielles à la pompe, mais aussi pour le chauffage au fioul. Ainsi chaque ménage aurait sauvé 225 euros en 2015. C’est un gain de pouvoir d’achat qui va à son tour profiter à l’ensemble du secteur des biens et services. L’argent économisé sera soit épargné, soit injecté à nouveau dans les circuits de consommation. La consommation des ménages aurait ainsi grimpé de 1,4% en 2014. La chute des cours est aussi synonyme de bouffée d’oxygène pour les entreprises, notamment dans les secteurs gourmands en hydrocarbures comme la sidérurgie, la chimie, les transports. Au-delà des ménages et entreprises, la dégringolade du pétrole aide la balance commerciale qui comme nous l’avons vu s’est considérablement réduite.
Tous ces facteurs additionnés ont dopé la croissance française qui aurait gagné 0,4 points de PIB en un an.

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A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo