Mardi 10 janvier, un collectif de 100 femmes françaises a publié une tribune dans Le Monde afin de rejeter le “puritanisme” et la “haine des hommes” générés par l’affaire Weinstein aux États-Unis. Catherine Millet, Joëlle Losfeld et Catherine Deneuve affirment que les choses seraient allées trop loin.

Elles ajoutent que “Le viol est un crime, mais que la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, tout comme la galanterie n’est pas une agression machiste”. En bref, le combat pour les droits des femmes ne doit pas nécessairement rimer avec haine des hommes.

Le féminisme actuel mènerait au “puritanisme”

« Vague purificatoire », « révisionnisme », les mots de manquent pas pour décrire la vague de féminisme ayant gagné le monde depuis quelques semaines. Dans la tribune publiée sur Le Monde, le collectif dénonce les dérive des mouvements #metoo et #balancetonporc qui ont pris une très grande ampleur sur les réseaux sociaux depuis l’affaire Weinstein aux États-Unis.

Les femmes utilisent ces hashtags pour dénoncer des comportements abusifs de la part des hommes, tels que le harcèlement au travail. Selon le collectif cela aurait entraîné des campagnes de délation et mises en accusation incontrôlables ne laissant aucun droit de réponse.

Les individus accusés sur ces réseaux sociaux sont ainsi assimilés à des prédateurs sexuels de manière expéditive sans pouvoir se défendre. Après avoir frôlé un genou, fait de l’humour ou essayé de voler un baiser à une femme, ils sont sanctionnés et parfois contraints à la démission.

Il s’agirait d’une véritable “vague purificatoire” qui atteint tous les milieux artistiques: le film Blow Up de Michelangelo Antonioni est interdit car jugé «misogyne» et «inacceptable», et on demande aux écrivains de rendre leurs personnages masculins moins “sexistes”.

La liberté d’importuner serait indispensable à la liberté sexuelle: les femmes seraient assez clairvoyantes pour faire la différence entre une drague maladroite et une agression sexuelle, et suffisamment averties pour reconnaître la pulsion sexuelle comme sauvage.

Selon la tribune, la libération de la parole des femmes quant aux violences sexuelles s’est retournées contre elles: elles se sentent aujourd’hui obligées de “parler comme il faut” et ainsi d’entretenir les tabous.

Catherine Deneuve, non féministe qui s’assume

Cela n’est pas la première fois que Catherine Deneuve manifeste son indignation par le féminisme. Le 18 octobre dernier, elle avait déjà montré son indignation dans le Huffington Post quand à la vague de #balancetonporc sur les réseaux sociaux.

Selon elle, la libération de la parole accroit l’éloignement entre les hommes et les femmes. Au lieu de renforcer l’égalité homme-femme, #balancetonporc serait un hashtag haineux ayant l’effet contraire: il rabaisserait les revendications des femmes. Au nom de l’intérêt général, on emprunte les arguments pour la protection des femmes afin d’enchaîner ces dernières au statut d’éternelles victimes des hommes.

L’actrice a fait l’objet de violentes critiques après ses déclarations sur le féminisme qui ont choqué de nombreuses personnes. Elle a raconté au magazine Technikart la raison pour laquelle elle ne s’est jamais sentie féministe: mère à 20 ans, elle manquait de temps pour s’investir dans la cause.

À propos du #balancetonporc, elle dénonce la victimisation des femmes et affirme que la liberté de dire “non” à une proposition sexuelle n’existe pas sans “liberté d’importuner”. La drague insistante ou maladroite ne sont pas un délit, au même titre que la galanterie n’est en rien une agression machiste.

Les féministes et politiques français réagissent

Après la publication de la tribune, les réactions ne se sont pas faites attendre et une trentaine de féministes françaises ont répondu à Catherine Deneuve mercredi. Caroline De Haas a déclaré que le texte faisait l’amalgame entre la séduction basée sur le plaisir et la violence basée de le harcèlement et l’agression. Selon elle, les signataires participent à la banalisation des violences faites aux femmes en les dédramatisant et les mettant dans le même sac que la “drague lourde”.

Interrogée sur RMC, Nadine Morano a ouvertement soutenu les signataires de la tribune, affirmant que le droit à être importunée pouvait aussi mener à de belles histoires. Mais tous les politiques ne sont pas du même avis: l’ancienne ministre PS Laurence Rossignol qualifie la tribune de “gifle à l’encontre des femmes”, tandis que la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité hommes femmes Marlène Schiappa estime que nombreux propos sont choquants dans le texte.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo