Chef français le plus connu au monde, Paul Bocuse s’est éteint à l’âge de 91 ans après cinquante ans de carrière. Pourquoi suscite t’il une telle fascination ?

Outre la passion du métier, Paul Bocuse était un homme d’affaires redoutable: en plus de son restaurant 3 étoiles de Collonges, “Monsieur Paul” avait réussi le pari d’ouvrir des dizaines de brasseries dans le monde entier, de créer une école de cuisine reconnue ainsi qu’un concours de cuisine international portant son nom. Il a même réussi à faire la couverture du Time Magazine américain.

Le meilleur ambassadeur de la cuisine française

Né en 1926 près de Lyon d’une famille de cuisiniers, Paul Bocuse a été depuis toujours un épicurien débordant d’énergie ainsi qu’un insatiable globe-trotteur qui a consacré toute sa vie à la gastronomie. Apprenti dès l’âge de 16, il entre après la guerre dans la cuisine de la première femme ayant obtenu trois étoiles au Michelin en 1933.

L’ascension de Paul Bocuse fut pour le moins fulgurante. Première étoile au guide Michelin en 1958, et deuxième deux ans plus tard, puis titre du Meilleur Ouvrier de France en 1961, et troisième étoile en 1965. Les gastronomes du monde entier affluent aux porte de son auberge familiale pour goûter sa fameuse “poularde demi-deuil”, ou encore son “gratin de queues d’écrevisses” et sa “soupe VGE”. En 1975 c’est la consécration avec la remise de la Légion d’honneur à l’Elysée.

En jouant le rôle d’ambassadeur de nos produits terroir à travers le monde, Bocuse a inspiré plusieurs générations de cuisiniers. Afin de rendre hommage au génie, des centaines de personnes se sont rendues dans ses établissements lyonnais la semaine dernière. De nombreux grands chefs et politiques ont salué ce qu’ils appellent “le cuisinier du siècle”, “l’incarnation de la cuisine française” et “symbole de la ville de Lyon”.

Paul Bocuse a lui-même déclaré: “jai eu trois étoiles, trois pontages et trois femmes”. Cela n’était pas une blague: l’homme était épicurien jusqu’au bout et était marié à trois femmes, ses trois âmes soeurs. Tel un monarque de l’ancien régime, il avait réussi à faire cohabiter ses trois femmes.

Paul Bocuse, c’est tout d’abord un business

À l’origine de l’empire Bocuse, on retrouve une formule simple: un déjeuner dans des brasseries conviviales avec des plats traditionnels et généreux. Véritable star, le chef a modernisé la cuisine française tout en conservant un classicisme bien français. Seul chef au monde à avoir conservé trois étoiles Michelin pendant cinquante trois ans, il est considéré comme le cuisinier du siècle.

Il fut un des premiers chefs français à se tourner vers l’international. Dès 1982, Paul Bocuse a l’idée de génie de s’associer avec d’autres grands noms de la gastronomie à savoir Gaston Lenôtre et Roger Vergé afin d’ouvrir un restaurant dans le parc de Disneyworld, à Orlando, en Floride. Avec 1200 couverts par jour, l’établissement affiche un chiffre d’affaires de 28 millions d’euros. Sa cuisine est également représentée dans l’ Institut culinaire américain de New York au Japon où il a ouvert huit franchises.

Bocuse, c’est aussi le roi des produits dérivés. En plus de son restaurant trois étoiles mythique à Collonges, Bocuse a ouvert l’école des cuisiniers, créé la compétition internationale des grands cuisiniers Les Bocuse d’Or. Aujourd’hui la marque vaut plus de 100 millions d’euros et emploie 400 personnes à travers le monde.

Le roi de la communication

Certes il n’avait ni internet ni réseaux sociaux, mais cela ne l’a pas empêché de cultiver son image et celle de la cuisine française. En termes de communication, Paul Bocuse ne laisse rien au hasard. Très tôt, il a compris l’intérêt de la communication et su tirer parti des médias.

Dès 1961 après avoir remporté le titre de Meilleur Ouvrier de France, il est le seul sur les lieux lorsque les journalistes arrivent: sa personnalité fait mouche auprès de la presse qui en fait son chouchou. Quand il part cuisiner avec des chefs français travaillant aux États-Unis, il se fait repérer et décroche la couverture du Time Magazine.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo