Un mois après le début de l’affaire du lait contaminé Lactalis, l’État français intervient enfin: le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a annoncé le retrait forcé du marché des 12 millions de produits fabriqués dans l’usine de Craon.  

Le numéro un mondial refusait jusqu’à lors d’obtempérer malgré l’arrêté du 9 décembre visant à suspendre la commercialisation de produits laitiers contaminés et dangereux pour la santé.

Alors que les géants de l’agro alimentaire français tels que Auchan, Carrefour et Leclerc ont admis avoir vendu des produits potentiellement contaminés à la salmonelle, plus de 600 lots vont être rappelés en usine.

Lactalis rend des comptes au gouvernement

Au sujet de l’affaire Lactalis, le gouvernement français a mis en avant le «dysfonctionnement majeur» d’une «entreprise défaillante». En effet, les produits contaminés auraient du être retirés de la vente dès la signature de l’arrêté du 9 décembre, ce qui n’a pas été le cas: environ 11 000 tonnes de produits contaminés sont encore dans la nature.

La société a été contrainte de donner des explications lors de sa convocation à Bercy le 11 janvier, entretien avec Bruno Le Maire durant lequel la société s’est vue donnée l’ordre de retirer ses produits du marché et de communiquer publiquement les causes de la contamination, dès qu’elles seront établies.

Le parquet de Paris a ouvert fin décembre un enquête préliminaire à l’encontre de Lactalis pour plusieurs chefs d’accusation tels que des « blessures involontaires », et « tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine ». Mieux vaut tard que jamais: après la décision du gouvernement Lactalis n’a plus le choix, elle doit retirer du marché l’ensemble des laits infantiles ayant été produits à l’usine de Craon. Cela représente plus de 12 millions de boîtes circulant dans 83 pays.

Des centaines de contaminations à la salmonelle?

À en croire le président de l’Association des familles victimes Quentin Guillemain, depuis le début du mois de décembre des centaines de parents de nourrissons auraient porté plainte contre Lactalis. Mais les chiffres officiels de Santé publique France sont quelque peu différents, avec 35 nourrissons atteints de salmonellose et 18 hospitalisés. D’après Guillemain cet écart de chiffres serait du à une sous-estimation du nombre de cas par les autorités sanitaires.

Toujours Quentin Guillemain, personne ne saurait exactement à quel moment la mise en vente de lait contaminé a commencé, alors que même l’institut Pasteur déclare que certains cas pourraient remonter jusqu’en 2005. En raison de la présence de lait contaminé dans les hôpitaux, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a annoncé que l’enquête n’épargnerait personne, même pas l’État français.

Bien souvent la cause d’empoisonnements alimentaires bénins, la salmonelle est une bactérie touchant autant les enfants que les adultes. Présentes dans l’estomac d’oiseaux, les bactéries sont présentes dans les matières fécales animales et peuvent potentiellement contaminer le environnement et se retrouver dans la nourriture. Les oeufs, produits laitiers sont particulièrement touchés.

Lactalis sort de son silence, mais peine à convaincre

Après des semaines de silence, le PDG de Lactalis à la discrétion légendaire Emmanuel Besnier s’est enfin exprimé sur la situation lors d’un entretien avec ” Journal du dimanche“. Selon lui, les distributeurs n’auront aucun tri à faire, étant donné que l’ensemble des lots soupçonnés seront retirés des rayons. Il promet également d’indemniser l’ensemble des familles ayant subi un préjudice. Ces déclarations seront-elles suffisantes pour éteindre le scandale et redorer l’image de l’industrie agroalimentaire ? Rien n’est moins sûr.

Si Lactalis est aujourd’hui numéro 1 des produits laitiers dans le monde avec 246 sites de production, tout a commencé avec une petite entreprise familiale. Le groupe cultive depuis toujours le plus grand secret et ne publie jamais ses chiffres financiers à l’exception de son chiffre d’affaires annuel: il était de 17,3 milliards d’euros en 2016.

Les choses ne s’arrangent pas pour Lactalis durant les derniers jours. Alors que la stratégie de communication de la société cafouille, un ancien salarié de l’usine de Craon, en Mayenne a déclaré sur France 2 n’être “aucunement surpris” de la tournure des évènements. Selon lui, l’hygiène au sein de cette usine serait “déplorable” en raison de règles de nettoyage “sommaires et loin de la norme”. Il ajoute pour finir que la priorité n’est pas la propreté mais la production.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo