Alors qu’Air France vient d’acquérir un nouveau Boeing 787 à 250 millions d’euros, le syndicat de pilotes SNPL empêche la compagnie aérienne de le faire voler. Depuis le 7 avril dernier, l’appareil est immobilisé sur le tarmac de Roissy-Charles-de-Gaulle.

Que réclament les pilotes ? Des contreparties pour mettre l’avion en service, ainsi qu’une hausse des salaires de 5,1%. Pour rappel, les rémunérations des employés du groupe avaient été gelées en 2012 dans le cadre d’un vaste plan économique.

Air France, les raisons de la colère

Lorsqu’un pilote de ligne aérienne change d’appareil, il doit être formé par un instructeur. Si aujourd’hui une centaine de pilotes a été formée sur les 787, cela n’est pas suffisant pour augmenter la fréquence de vols vers la ville de Canton en Chine.

La société Air France et le syndicats de pilotes SNPL ont signé un accord en 2016 selon lequel les instructeurs des Boeing 777 peuvent également former les pilotes de Boeing 787, les deux appareils étant très semblables. Cet accord étant arrivé à son terme le 30 avril dernier, Air France a demandé au syndicat SNPL de le renouveler.

Mais le syndicat de pilotes a refusé et demandé 3 nouvelles conditions: un nouveau protocole pour les instructeurs, le respect de l’accord «Trust together», et enfin la modification du fonctionnement du Comité de retour d’expérience, le CRE, dont la fonction de ce dernier est d’étudier les 13 000 «Air Safety Report» produits chaque année par les pilotes.

Ces rapports permettent d’étudier les irrégularités rencontrés par les pilotes lors de leur activité, et de corriger les procédures qui posent problème. Jusqu’à aujourd’hui, les déclarations étaient accompagnées d’un «engagement de non punitivité» de la part d’Air France en cas d’erreur d’un pilote, sauf dans le cas où celle-ci est jugée “inacceptable” par la direction. Le SNPL souhaite avoir un droit de véto sur cette décision.

Un taux de grève de 18,8% chez les pilotes

Alors qu’au début du mouvement 36 %  des pilotes air France étaient en grève, ce chiffre est tombé à 27% puis à 18,8% au 12ème jour de grève. Depuis la mi avril l’érosion de la mobilisation de poursuit chez les pilotes de manière constante. Cela laisse t-il espérer une victoire du “oui” pour l’annonce du résultat de la consultation des salariés qui sera rendue publique vendredi ?  Rien n’est moins sûr.

Si les trois syndicats d’Air France appellent à poursuivre le mouvement coûte que coûte, il semble que les dissensions soient de plus en plus importantes au sein de la communauté de pilotes. Quoi qu’il en soit, cette lassitude est une bonne nouvelle pour le PDG d’Air France Jean-Marc Janaillac: ce dernier avait menacé de démissionner dans le cas où la consultation interne des salariés donnait lieu à un soutien majoritaire.

La direction d’Air France prévoit d’assurer davantage de vols pour cette 12 ème journée de mobilisation: en effet 85% des vols devraient être assurés versus 75% précédemment. Plus en détail, 90% des courts courriers, 80% des moyens courriers et 78% des long courriers seront maintenus.

Gel des salaires depuis 2012

Depuis le plan économique d’Air France mis en place en 2012, les salaires de l’ensemble des salariés ont été gelé. Sept ans après et au vu des excellents résultats de la compagnie, ils réclament une augmentation de 5,1%.

En effet Air France a enregistré un bénéfice d’exploitation de 1,488 milliard en 2017, ce qui représente une hausse de 42% en un an. Les 11 organisations de stewards, hôtesses et pilotes avaient lancé le premier appel à la grève le 22 février dernier.

Aujourd’hui la direction du groupe consent à une hausse des salaires de 7%, mais répartie sur quatre ans, soit 2% en 2018 et 5% d’ici 2021. Pourquoi tant de prudence ? Car la reprise reste fragile: si les bénéfices réalisés sont importants, les charges le sont également. On pense notamment au changement de régime du fonds de pension des pilotes de KLM qui a mis les résultats du groupe dans le rouge en 2017.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo