Martin Shkreli , celui qu’on appelle “l’homme le plus détesté d’Amérique” vient d’être condamné à 7 ans de prison ferme et une amende de 7,36 millions de dollars. Souvenez-vous, l’entrepreneur new-yorkais de 34 ans avait multiplié par 55 le prix d’un médicament luttant contre le sida, le Daraprim.

Il incarnait le cynisme de l’industrie pharmaceutique dans toute sa splendeur. Depuis l’incarcération de Shkreli en 2015, l’affaire fut riche en rebondissements en raison de l’arrogance du personnage, réputé imprévisible.

Le prix du Daraprim était passé de 13,50 à 750 dollars l’unité

Martin Shkreli est accusé d’avoir spéculé sur le prix d’un produit pharmaceutique. Le 21 septembre 2015 c’est la panique pour les américains atteints de toxoplasmose: le prix de leur médicament luttant contre les maladies opportunistes du VIH, le Daraprim, a été multiplié par 50 du jour au lendemain pour passer de 13,50 à 750 dollars l’unité.

Il s’est avéré que cette envolée de prix est intervenue après qu’un financier ait racheté les droits de commercialisation du médicament à un laboratoire pharmaceutique. Vous l’aurez compris, ce financier est Martin Shkreli.

Il faut dire qu’en en cinq ans le prix du Daraprim a été multiplié par 750. Lors d’une interview pour le New York Times, Martin Shkreli expliquera que cette hausse était due au faible nombre de patients soignés grâce au médicament ainsi qu’à la nécessité de réunir des fonds pour des traitements avec moins d’effets secondaires. Pendant ce temps, l’intéressé empochait des millions de dollars de bénéfices.

Ce que les autorités ont omis de préciser, c’est que le médicament est un ancien générique très facile à synthétiser. N’importe quelle firme pouvait le produire, le médicament n’ayant plus de brevet depuis longtemps.

Il s’agit donc plus d’un problème moral que d’un crime à proprement parler. Il ne faut pas oublier que les augmentations de prix arbitraires sont monnaies courantes dans l’industrie pharmaceutique américaine.

Déjà condamné pour fraude en 2017

Mais cela n’est pas tout. Shkreli, surnommé « l’homme le plus détesté des Etats-Unis », a été rendu coupable de fraude sur les titres de deux fonds d’investissement dont il était le gérant en août 2017: MSMB Capital Management et MSMB Healthcare Management.

Il aurait également manipulé les actions du laboratoire pharmaceutique Retrophin afin de renflouer les deux fonds d’investissement.

D’après l’avocat de Shkreli, le ténor du barreau Ben Brafman, son client serait “un génie un peu autiste”, autodidacte extravagant. Il aurait même été tenté de “mettre un poing dans la figure” de son client tant le comportement de ce dernier rendait son travail difficile.

Malgré la peine de 18 mois de prison demandée par la défense, la juge fédérale Kiyo Matsumoto a condamné Shkreli à 7 ans de prison ferme pour fraude.

Martin Shkreli devrait également rembourser 7,36 millions de dollars aux autorités fédérales, somme qui pourrait être récupérée par la saisie d’un Picasso ainsi que de l’unique exemple de l’album “Once Upon a Time in Shaolin” du groupe de rap Wu-Tang Clan. Shkreli avait acheté l’album en 2015 pour deux millions de dollars pour ensuite essayer de le revendre dsur Ebay, sans succès.

Qui est vraiment Martin Shkreli ?

Fils d’immigrés albanais et croates travaillant dans la conciergerie, Martin Shkreli a une jeunesse qui illustre parfaitement le rêve américain. Il grandit à Brooklyn, d’intéresse à la finance dès son plus jeune âge et achète même un titre Amazon en 1997.

Étudiant médiocre, Il intègre la Hunter College High School new-yorkaise sans en être diplômé et rejoint Wall Street à 16 ans. Il travaille alors pour le fonds spéculatif Cramer, Berkowitz & Company. Adulte, il passe chez UBS et Intrepid Capital Management.

Shkreli créé Elea Capital Mangement en 2006, son premier hedge fund en 2006 qui sera un échec retentissant. Il perd alors l’intégralité des fonds et se voit condamné par la justice américaine à payer 2,3 millions de dollars à Lehman Brothers pour couvrir ses pertes. Coup du sort, la crise de 2008 fait tomber Lehman et provoque sa disparition. Ainsi la somme n’aura jamais à être remboursée.

En 2009, Martin Shkreli créé MSMB Capital grâce à 3 millions de dollars levés auprès de quelques investisseurs à qui il fait croire que sa structure dispose de 35 millions. En utilisant la même stratégie qu’avec Elea Capital Mangement quelques année plus tôt il parie sur la chute des titres d’une entreprise pharmaceutique, Oxygen Therapeutics. Il échoue à nouveau et banque Merrill Lynch lui réclame cette fois 7 millions de dollars.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo