Afin de lutter contre la multiplication des téléphones portables en prison et de maintenir les liens familiaux des détenus, le ministère de la Justice va bientôt installer un téléphone fixe dans chacune des 50 000 cellules de centres pénitenciers français.

Le dispositif, déjà été testé dans la Meuse à la prison de Montmédy où les détenus peuvent composer des numéros autorisés par un juge, sera généralisé à toute la France dans le courant de l’année 2018.

Un système testé à Montmédy dans la Meuse

Depuis le mois de juillet 2016, les 296 détenus de la prison de Montmédy pouvaient appeler leurs familles à des tarifs 20% plus bas que ceux pratiqués dans les cabines situées dans les coursives prévues à cet effet. Ils avaient à leur disposition un téléphone disponible 24h/24 sur lequel leurs proches pouvaient également les appeler.

Conserver les liens avec les familles

Grâce aux téléphones installés dans chaque cellule, l’ensemble des prévenus et condamnés auront la possibilité d’appeler une liste de quatre numéros autorisée en amont par un juge ou l’administration. Cela permettrait le maintien des liens avec les familles et de ce fait faciliter la réinsertion.

Numéro d’identification pour chaque détenu

À n’importe quel moment de la journée, le détenu peut décrocher le téléphone fixe placé dans sa cellule et passer un appel après avoir composé son code d’identification personnel.

Mettre fin aux trafics de portables

Les trafics de téléphones portables sont aujourd’hui la première source de conflit dans les établissements pénitentiaires. Pour l’année 2016, pas moins de 33 521 téléphones portables et autres accessoires ont été saisis dans les prisons françaises.

Le ministère de la Justice a tout tenté pour remédier à ce problème, allant jusqu’à utiliser des brouilleurs téléphoniques, technologie plus tard jugée trop obsolète et peu efficace. Si le trafic de téléphones n’a pas cessé dans la prison de Montmédy durant l’expérience, il s’est considérablement réduit.

Les horaires contraignants des téléphones en cause

Le ministère de la Justice considère que les horaires trop contraignants des téléphones placés dans les coursives, seulement entre 8 heures et 17h30, sont la principale raison de la multiplication des téléphones portables dans les prisons. Dans certains établissements, la surpopulation carcérale est telle que le manque de surveillants empêche totalement l’accès aux téléphones.

Un appel d’offres a été lancé

Le ministère de la Justice a lancé un appel d’offres afin de choisir la société de télécommunications qui installera les téléphones dans 50 000 cellules.

Pour rappel, le marché public est un contrat de concession: ainsi l’entreprise choisie financera la totalité de l’investissement et encaissera directement le coût des appels passés par les détenus, estimé à 50 000 000 minutes par an.

Toujours selon le ministère, le contrat devra être signé fin mai 2018 au plus tard.

Les ONG françaises approuvent

D’après l’Observatoire international des prisons qui défend les droits des prisonniers, l’installation de téléphones dans les cellules est une “excellente nouvelle pour les détenus”. L’OIP ajoute que le seul problème réside dans le prix toujours trop élevé des communications. Même avec les 20% de réductions appliqués le coût à la minute sera de 65 centimes d’euros.

Les syndicats sont sceptiques

D’après le ministère de la Justice, l’administration n’aura rien à payer ni à contrôler avec l’installation. Mais le secrétaire général du SPN pénitentiaire n’est pas convaincu: selon lui le surveillant sera toujours le premier interlocuteur du détenu et sera chargé de régler les pannes, difficultés techniques et autres dégradations.

Le système carcéral fragilisé ?

D’après Nicolas Dupont-Aignan, le système de téléphones fixes ne fera que fragiliser davantage le système carcéral français en augmentant le risque d’évasion. Les personnes incarcérées auraient en effet davantage de facilités pour gérer leurs trafic à l’intérieur même de la prison.

Le conseiller national au Syndicat national des directeurs pénitentiaires Jean-Michel Dejenne prévoit déjà de nombreuses dérives: les détenus pourraient passer des appels sur des numéros non autorisés en utilisant les identifications de leurs co-détenus.

Malgré le fait que les appels soient surveillés enregistrés, faut-il encore que les moyens mis en place suivent.

A noter : Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Alvexo